RENCONTRE

Mis à jour : févr. 17

Avec Mireille Finger et Eva Racine


Dans le cadre du montage de l'exposition "Bas les masques ! Les carnavals jurassiens" nous rencontrons Mireille Finger, textileuse passionnée et Eva Racine qui a travaillé durant de nombreuses années au Musée jurassien d’art et d’histoire.



Mireille et Eva durant le montage de l'exposition "Bas les masques!", 2021 (C) MJAH


Bonjour Mireille



Parle-nous de tes liens avec les musées ?


Lorsque j’étais petite fille, j’habitais à Zurich et mes parents m’emmenaient souvent au Musée national, qui nous accueillait dès l’entrée avec une immense diligence et de gros canons que j’adorais chevaucher. Je me rappelle avoir été très impressionnée par les grandes peintures en triptyque, le Saint-Sébastien transpercé de flèches qui n’avait même pas l’air d’avoir mal et dont je ne comprenais pas la signification. Je me souviens des sarcophages, des superbes maisons de poupées, des vêtements somptueux qui racontaient des histoires hors du temps pour moi. En tant que petite fille, je voyais là un monde magique qui me fascinait. Depuis cette époque, j’ai développé une vraie passion pour les musées.

Quand je suis arrivée à Delémont, dans les années 1970, je me suis rendue tout naturellement au Musée jurassien d’art et d’histoire. Ce qui me plaisait particulièrement, était de pouvoir me balader dans le musée comme dans une maison accueillante. On passait de salle en salle et sans texte, sans explication, on pouvait s’imaginer comment les gens y vivaient autrefois.

Je me souviens plus particulièrement, dans une salle, d’un coussin posé sur un très beau poêle en faïence et piqué d’aiguilles à chapeau. On aurait pu prendre ce coussin et partir avec. Cette proximité avec les objets ainsi qu’avec la vie d’antan me touchait beaucoup. Les lieux racontaient des histoires.


J’ai parfois un peu la nostalgie de ces lieux tels qu’ils se présentaient « au naturel » bien que je n’aie absolument rien contre la modernité et que j’apprécie beaucoup le musée actuel.


Quels sont tes liens avec le Musée jurassien d’art et d’histoire ?


Tout a débuté grâce à la dentelle aux fuseaux. Des cours prodigués par Madame Godet et l’Université Populaire ont permis que je m’y initie dès 1981. En 1986, l’Association Jurassienne des Dentellières a été créée. Notre souhait était de nous faire connaître et partager notre passion auprès de la population jurassienne, ce que nous avons décidé de réaliser à travers une exposition. J’ai alors invité M . Rais, conservateur, et M. Helg, président du conseil de fondation du musée de Delémont. Mes gâteaux et ma passion dentellière ont su les convaincre et ils ont accepté ma proposition d’exposer des dentelles anciennes et contemporaines au Musée jurassien d’art et d’histoire en 1988.


Un petit mot sur ta collaboration avec Eva


En 1988, en premier contact dans l’idée de réaliser notre exposition dentellière, je me suis rendue au musée à Delémont, ai sonné à la porte et une jeune femme (Eva), m’a ouvert. Elle m’a demandé ce que je voulais et je lui ai fait part de mon envie de monter une exposition sur le thème de la dentelle. La jeune dame me répond de manière très énergique « mais qu’est-ce que vous imaginez ? C’est un musée, ici !» Bon… ce n’était pas vraiment une invitation à entrer ! Comme je suis assez têtue quand je veux quelque chose, je suis donc passée par d’autres chemins pour convaincre du bien-fondé de ma demande. C’est ainsi que nous avons finalement monté notre première exposition ensemble avec Eva, la première d’une longue série !

Je vois encore les responsables du musée, l’air ahuri et regrettant un peu de nous avoir ouvert les portes lorsque nous avons déposé tous nos falbalas dans la salle des princes-évêques. Toutes les chaises et la grande table étaient recouvertes de nos dentelle.


L’exposition était magnifique et a rencontré un grand succès, faisant connaître les dentellières et le musée au-delà de nos frontières.


Par la suite, il y a eu d’autres expositions de dentelles au musée jurassien. Je me souviens particulièrement d’une exposition « Histoire d’accessoires », où nous avions présenté des dentelles dans toutes les salles du musée. Chaque pièce avait son époque de dentelle, depuis les débuts de la dentelle au XVIème siècle jusqu’aux dentelles contemporaines. En se baladant à travers les salles, les visiteurs traversaient les différentes époques. Je garde un merveilleux souvenir de cette exposition et de la magnifique collaboration avec le musée.


Ces expos représentaient un travail considérable et pour la petite histoire, je me souviens qu’avec Eva, on était encore dans le musée à 3h du matin en train de monter l’expo en nous donnant du courage avec les chants de Cesaria Evora !



Est-ce que tu peux nous parler de ta passion pour les textiles ?


Je suis dentellière, présidente de l’Association Jurassienne des Dentellières. La dentelle est mon numéro un « de cœur » et de « savoir-faire ». Je suis également feutrière et je profite d’être physiquement en forme car il faut une force herculéenne pour créer des objets, des vêtements en feutre. Pour moi, il est important et jouissif de cultiver ce savoir-faire et de le transmettre.


Quelle est l’expo de tes rêves que tu souhaiterais monter ?


La prochaine !



Qu’est-ce qui te plaît dans le montage d’une expo ?


La création et les défis que cela peut représenter. Lorsqu’Eva est ma complice, nos fous-rires, l’occasion de réaliser quelque chose ensemble. Les nombreux montages d’expositions nous ont dotées d’un sacré savoir-faire que nous pratiquons joyeusement !


Nous avons monté durant huit ans, Eva, Marianne Theurillat et moi, des expositions au Musée Chappuis-Fähndrich à Develier. Grâce aux objets présentés, nous avons pu raconter des histoires aux visiteurs et ça, j’adore !


Pour moi, rien n’est impossible, donc si j’ai une idée en tête, je fonce. Je me souviens d’une exposition dans les jardins de Cernier où je présentais des « maisons de laine ». C’était un travail gigantesque, titanesque et heureusement que j’ai pu compter sur Eva et quelques autres « mains agiles » pour mener à bien cette entreprise un peu folle.


Mireille et Eva durant le montage de l'exposition "Bas les masques!", 2021 (C) MJAH




Bonjour Eva !


Peux-tu nous expliquer en quelques mots tes débuts au Musée jurassien d’art et d’histoire ?


J’ai débuté au Musée jurassien d’art et d’histoire en faisant les nettoyages. Mon père avait un atelier de peinture à côté du musée et c’était chez lui que les visiteurs pouvaient demander la clé du musée pour le visiter. Puis, petit à petit, je me suis occupée des collections. Mon premier travail consistait à nettoyer les fusils, les sabres et les épées. Puis de fil en aiguille, on m’a demandé d’effectuer diverses tâches. J’ai beaucoup appris sur le tas et mon père, artiste peintre, me donnait des conseils. Il faut bien s’imaginer qu’à cette époque-là, rien n’était répertorié, ni rangé. Les dépôts étaient remplis d’objets et j’ai commencé à tenir un premier inventaire.


À l’époque où Monsieur Jean-Louis Rais était conservateur au musée, nous avons réalisé les premières expositions temporaires. Il fallait faire preuve d’une polyvalence totale !



Qu’est-ce qui te passionnait ?


Tout ! Comme j’étais souvent seule au musée, je pouvais travailler de manière très indépendante. Le conservateur de l’époque, M. Rais, me faisait confiance. Si je trouvais que la couleur du tissu dans une vitrine n’était pas top, il me disait : « Allez-y, changez-le comme vous le sentez.».



Quel changement constates-tu aujourd’hui au musée par rapport à l’époque où tu y travaillais ?


Les salles ont beaucoup changé depuis mes débuts au musée. Il y a eu plusieurs étapes. Suite au dernier réaménagement, certaines salles ne laissent plus apparaître la bâtisse d’origine.


Aujourd’hui, peux-tu nous expliquer ce que tu fais au musée ?


Je donne un coup de main pour la préparation de la prochaine exposition qui s’intitulera « Bas les masques ! ». Nous avons amené des mannequins, des costumes, des accessoires.

Je travaille avec Mireille. Ma relation avec Mireille est aussi forte que celle avec le musée.

Nous collaborons ensemble pour des montages d’expos depuis 1988.



Qu’est-ce qui te plaît dans le montage d’une expo ?


Le montage d’expos, les musées…. c’est toute ma vie ! D’ailleurs, j’adore visiter d’autres musées, d’autres expos.


Peux-tu nous parler d’un objet au musée qui t’a marqué ?


Oui, c’est un petit bonhomme. Il s’agit de Till l’Espiègle, personnage de fiction, saltimbanque qui apparaît dans la littérature populaire du nord de l’Allemagne.

Ce qui me plaît, c’est qu’il n’a rien à faire au musée en fait mais j’aime beaucoup ce personnage.




Merci Mireille et Eva !